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La réalisation de soi

Extrait  d'un entretien avec Michel LACROIX, philosophe,

 auteur de : Se réaliser, petite philosophie de l'épanouissement personnel

Sciences humaines n° 35 Les grands dossiers

"Deviens ce que tu es" Friedrich Nietzsche

Pour le philosophe Michel LACROIX la réalisation de soi compte plus que la recherche du bonheur.

SE REALISER

Se réaliser signifie 2 choses :

1 - Se percevoir comme un reservoir de possibles. Avoir un potentiel. Celui ci est fait d'aptitudes et de motivations, de capacités et de désirs. Nous nsommes constitué à la fois par ce que nous sommes capables de faire et par ce que nous désirons faire.

2 - Considérer que c epotentiel ne doit pas rester en friche. Nous nous percevons non seulement comme ayant des possibilités mais aussi comme ayant à les traduire en actes, à les faire passer du virtuel au concret.

Dans le processus de la réalisation de soi il y a une tension vers un progrès personnel, un effort de perfectionnement de soi même.

La psychologie positive : d'où vient ce mépris de l'optimisme ?

Le mépris de l'optimisme

extrait de l'article de F.Mazelin Salvi - Pourquoi la pensée positive prête-t-elle à rire ? Psychologies magazine 109 - janvier 2013

Les optimistes en font régulièrement l'amère expérience : il suffit d'exprimer sa foi dans la bonté de l'homme ou dans sa capacité à évoluer positivement pour se faire traiter de Candide ou se voir renvoyer à la méthode Coué.

Celui qui mise sur l'espoir, qui parie sur la bonté de l'homme ou qui, plus ordinairement, est porté à voir le verre à moitié plein, est jugé psychologiquement immature, peu cultivé  et pas très brillant.

  • Le Doute

Pour le philosophe Michel Lacroix, l'explication de la résistance collective à ce que nous appelons " la pensée positive" est multifactorielle. Les intellectuels, qui ne prennent pas une part active à la vie de al cité, la regarden tpar le prisme d ela méfiance. "N'oublions pas que la tradition cartésienne est fondée sur le doute de toutes les croyances. La réflexion se fait sur le mode de la dénonciation et de la critique négative. Une posture salutaire mais démobilisatrice, car peu féconde en propositions constructives."

Michel lacroix mentionne également l'influence culturelle de la tradition des moralistes comme La Rochefoucauld ou La Bruyère, qui "en disséquant le coeur humain, en ont exhumé toutes les sombres passions. Grattez les vertus et vous trouverez le vice, nous disent-ils en substance".

Il voit dans "la prégance de l'esprit révolutionnaire" qui invite à tout détruire pour mieux reconstruire, "la difficulté à reconnaitre ce qui est bien ou va bien, afin d'y prendre appui et de chercher à améliorer l'ensemble".

  • Le Réalisme

Dès qu'il s'agit d'envisager une solution qui fait appel au meilleur de l'autre, ou d'nvisager une issue favorable à un problème ou un conflit, l'ioptimiste est renvoyé à son manque de réalisme.

Comme si le pessismisme et la défiance étaient du côté du réalisme.

Pour Tali Sharot nous disposons tous d'une propension à l'optimisme mais ce biais n'est pas totalement accessible à la conscience.

Sans cet optimisme inconscient (l'inclination à surestimer la probabilité d'évènements positifs dans le futur et à sous-estimer la probabilité d'évènements négatifs) pas de mariage, pas de recherche d'emploi, pas d'enfants, pas d'emprunts.

Si ce prisme positif est inhérent à l'homme, il peut s'affaiblir précocement chez certains suite à des évènements qui viennent ébranler les fondations de la confiance en soi et dans la vie (deuils, précarité matérielle, maladie ..) ou par imprégnation culturelle familiale négative (parents anxieux, dévalorisants ..)

La vertu du pessismisme, à savoir, envisager le pire pour éviter les déceptions, ne tient pas la route car cette posture est facteur de démotivation, et elle n'évite en rien la souffrance.

Selon llona Boniwell, la psychologie positive (à ne pas confondre avec la pensée positive) opère sur 3 niveaux :

1 - Le niveau subjectif : identifier et favoriser les expériences permettant les états de bien être et de joie

2 - le niveau de l'individu : identifier et favoriser les éléments constitutifs d'une vie de qualité ou épanouie

3 - le niveau du groupe : identifier et favoriser les facteurs sociaux d'un mieux vivre ensemble (justice, altruisme, éthique, civisme ..)

La psychologie positive diffère de la psychologie "classique" et surtout de la psychanalyse, en ceci qu'elle s epréoccupe davantage des aspects positifs de la vie humaine et de l'individu que de ses aspects négatifs.

Philippe Gabilliet rappelle que "l'un des présupposés de la psychologie positive est que chacun dispose d'un arsenal d'outils d'autoguérison; au thérapeute de favoriser la prise de conscience de leur existence chez son patient, et les moyens de les activier"

Pour Jacques Lecomte "Les recherches contemporaines montrent qu'en réalité la promotion et la mise en pratique de valeurs telles que la confiance, la justice, la coopération, le courage et la solidarité contribuent à améliorer les relations interpersonnelles mais aussi le bien commun".

bibliographie

Michel lacroix - Avoir un idéal, est-ce bien raisonnable ? marabout 2009

Tali Sharot - Tous programmés pour l'optimisme - marabout 2012

Philippe Gabilliet - Eloge de la chance - Ed saint Simon 2012

Llona Boniwell - introduction à la psychologie positive - payot 2012

Jacques Lecomte - La bonté humaine - odile Jacob 2012

Quelles réactions face à la crise

Quelles réactions face à la crise ?

article de JF Dortier - sciences humaines n° M01866 février 2012 (extrait)

La situation de crise suscite toute une gamme de réactions psychologiques mais elle est aussi l'occasion de rééxaminer ses valeurs et sa vision du monde.

La crise fait mal. elle inquiète, affecte le moral, assombrit l'horizon et conduit certains au désespoir.

Suicide ou chute du moral l'équation: dépression économique = dépression psychologique, semble se confirmer.

Ceci dit les réactions individuelles face à la crise sont fonction des situations et de la façon dont les personnes y font face.

La PEUR

beaucoup de gens voient la crise comme un risque réel d edescente aux enfers. le chômage pourrait les jeter dans le cycle infernal de la pauvreté, du surendettement, de l'expulsion, de la rue.

L'ANGOISSE

Sentiment à la fois moins aigu et plus diffus que la peur, que Martin Hedegger appelait "souci" ou "préoccupation". Sourde, difficile à déceler ou à avouer, elle se révèle une blessure intime, sans traduction sociale évidente, qui tourmente en silence. Elle provoque des troubles du sommeil.

Le RESSENTIMENT

Il est alimenté par al frustration. Friedrich Nietzche fut le premier à en souligner l'importance dans la psychologie de masse. En temps de crise, le ressentiment aluimente haines et rancoeurs, nourrit le sentiment de vengeance et la recherche du bouc émissaire. Au sein de certains milieux populaires ou des classes moyennes, le ressentiment se porte sur ceux d'en haut, mais aussi sur ceux d'en bas, suspectés de bénéficier de privilèges auxquels eux n'ont pas droit.

La COLERE

Potentiel ferment de révolte la colère est le fruit de trop de  résignation et de désespoir qui nourrie d'indignation, devient l'un des moteurs de l'action collective.

La PERTE D'ESTIME DE SOI

Perdre son travail n'est seulement un stress économique mais conduit aussi à un effondrement de l'estime de soi. Plus généralement la crise provoque aussi un sentiment de déclassement au sein des populations occidentales. Ceux ci éprouvent désormais un sentiment qui leur était étranger jusque là : celui du déclin, ne plus être de qu'ils ont été depuis 5 siècles : les dominants.

Mais à situation égale tout le monde ne réagit pas de la même façon. L'espoir, le désespoir, l'euphorie ou la tristesse ne sont pas des sentiments stables et peuvent osciller d'un moment à l'autre.

La RESILIENCE

Face à un drame personnel (deuil, maladie grave) tout le monde ne se comporte pas de la même façon. Les études en psychologie du "coping" montrent que face au stress, certains subissent et sombrent dans la déprime alors que d'autres font face et décident de se battre. La crise est un révélateur de ces comportements. ces différences d'attitude ne sont d'ailleurs pas qu'une question de psychologie personnelle mais dépendant sans doute aussi de racines culturelles. Par exemple les Américains, semblent ils, sont moins enclins aux atermoiements et réagissent en général plus par l'action que par le ressentiment.

Le REAMENAGEMENT des SYSTEMES de VALEURS

La crise disloque certains milieux mais favorise denouveaux liens de solidarité tels que ceux observés lors de grandes catastrophes naturelles. Dans les récits de personnes ayant connu une véritable descente aux enfers, on découvre que les situations extrêmes contribuent à un profond réaménagement psychique.

Tous les banquiers ne finissent pas en prison ... moi, c'était dans la rue de Jean-paul ALLOU - Michel Lafont 2011

Survivre dans la rue. Américaine et SDF à paris de Ann Webb, Albin Michel 2011

Une société des égaux : repenser la démocratie

Une société des égaux : Repenser la démocratie

extrait de La société des égaux - Sciences Humaines n° M01866 février 2012

Pierre Rosanvallon dans la société des égaux - seuil 2011,exprime un paradoxe: alors que la démocratie comme régime politique gagne de plus en plus de pays, s'imposant comme modèle, la démocratie comme société régresse considérablement et notamment dans les pays qui en furent les précurseurs.

Car la démocratie n'est pas qu'une constitution, elle est avant tout un mode de vie, une organisation d ela société, hérité des grandes révolutions.

P. Rosanvallon convaincu que la reconstruction du lien social ne peut que passer par la revalorisation du principe d'égalité, refuse la vision néolibérale des individus qui seraient uniquement guidés par des choix rationnels.

les individus ne sont ni calculateurs, ni altruistes, ils sont réciproques. la réciprocité, comme l'égalité dans le suffrage universel, est la règle qui peut mettre tout le monde d'accord. Or nous sommes aujourd'hui dans des sociétés en panne de réciprocité.

En envisageant l'égalité selon les 3 principes de singularité, réciprocité et communalité, P.Rosanvallon proose d'en faire les bases fondatrices d'un nouveau projet social car nous sommes en train de renouer avec les pathologies du lien social : les inégalités croissantes, la xénophobie, le nationalisme.

Régulation du système économique et financier mais aussi et surtout reconstruction d ela culture démocratique moderne.

La crise : les alternatives

La crise : les alternatives

extrait de :

article de Louisa YOUSFI : La crise, une occasion à ne pas rater dans Sciences Humaines Février 2012

Du grec Krisis, le terme de crise correspond à une maladie brutale et violente. elle signifie aussi une prise de décision.

Point névralgique d'une construction politique et culturelle, la crise vient interroger le système dominant en lui révélant ses faiblesses. En ce sens elle est un moment clé, celui d'une mutation progressive et douloureuse vers un autre modèle.

"Une crise se produit au moment où le vieux monde tarde à disparaitre où le nouveau monde tarde à naître et, dans ce clair-obscur, des monstres peuvent apparaitre." (Edgar Morin et Patrick Viveret, Comment vivre en temps de crise ? Bayard 2011)

LE CONVIVIALISME

Ce terme désigne un courant encore embryonnaire qui prétend faire dévier le sort de l'humanité d'une catastrophe annoncée. Ce mouvement réunit en son sein diverses critiques de la société actuelle et diverses façon de la changer. Il appréhende la crise comme l'occasion d erecycler divers modèles et concepts alternatifs déjà théorisés et developpés durant les dernières decennies : décroissance, économie sociale et solidaire ...

Alain Caillé présente cette future idéologie politique comme la synthèse et le dépassement des 4 grandes idéologies de la modernité : le libéralisme, le socialisme, l'anarchisme, le communisme.

Ces 4 idéologie s'appuie sur la croissance infinie comme clé de la paix entre les hommes et du progrès. C'est en cela qu'elles doivent être dépassées.

L'adhésion à la démocratie a toujours reposé sur la perspective d'un enrichissement matériel, c'est à dire une croissance continue.

S'inspirant des mots de l'anthropologue Marcel Mauss, la question convivialiste se poserait ainsi : " Quelles règles d evie en société adopter pour permettre aux humains de vivre ensemble en s'opposant sans se massacrer ?" A.Caillé répond : en assumant la finitude du monde.

Le seul moyen de préserver les valeurs démocratiques revient à les dissocier de l'économie. Ne pas confondre richesse et richese monétaire.

LA DECROISSANCE

Héritée des penseurs Jacques Ellul et Bernard Charbonneau, la décroissance apparait comme théorie politique à la fin des années 1960 chez l'économiste et mathématicien Roumain Nicholas Georgescu-Roegen. D'ordre philosophique à l'origine, la critique de la croissance prend une dimension politique avec Jean Baudrillard penseur anti consumériste et André Gorz, représentant de l'écologie politique.

L'IMAGINAIRE DU PIB

Le PIB ne mesure que l'augmentation de la production et de la vente des biens et services sans tenir compte du bien être des populations.

L'indice du développement humain (IDH) mis en place par les Nations Unies en 1990 a déjà pour critères principaux l'espérance de vie à la naissance, le niveau d'éducation et le niveau de vie.

De la même manière la théorie des capabilités, de l'économiste Amartya Sen a pour objectif d'élaborer des indicateurs de développement qui prennent en compte la complexité du facteur humain et de son bien être.

Conçu comme une abondance frugale dans une société solidaire, le bonheur convivialiste se réaliserait dans l'autolimitation en passant par des règles qui limitent l'avidité des agents:

- mise ne place conjointe d'un revenu maximum et d'un revenu minimum

- mise au ban de la finance spéculative

- protectionnisme écologique et social

- limitation de la dimension des entreprises

Cette transformation passerait en premier lieu par une démarchandisation des 3 marchandises fictives que sont le travail, la terre et la monnaie, en vue de réaffirmer la prédominance du social sur l'économique.

Il s'agit de remettre en cause une conception réductrice de l'Homme, vu comme vivant dans un monde où la seule la loi qui régule les rapports humains est celle de l'offre et de la demande et, où, l'nerichissement personnel serait le principal moteur de l'action des hommes mus par un désir infini de satisfaire leurs besoins et de s'enrichir.

Patrick Viveret préconise un usage positif de la crise redéfinissant le rapport des hommes à leur propre histoire et réaffirmant leur responsabilité.

Quelle force morale, sociale ou politique serait assez forte pour contenir en son sein autant de contestations diverses sans se déliter ? Pour E. Morin, "puisque les conséquences sont incertaines, le pari éthique, loin de renoncer à l'action par peur des conséquences assume cette incertitude, reconnait les risques, élabore une stratégie. Le pari c'est l'intégration de l'incertitude dans l'espoir.